Difficile de s'y retrouver, en effet ... Nous avons choisi de répondre de façon claire et précise aux questions qui nous paraissent légitimes de poser, tout en restant le plus objectif possible. A vous, ensuite, de vous forger votre propre opinion “éclairée? !


© Nathalie Pecqueur - FOTOLIA

Qu'est-ce qu'un biocarburant ?

Deux types sont autorisés en France : le biodiesel, fabriqué à partir d'oléagineux (tournesol, colza, soja, palme, arachide) et l'éthanol, qui provient de la canne à sucre, de la betterave à sucre ou du maïs. Aujourd'hui, les biocarburants ne représentent que 1 % de la consommation mondiale des transports routiers. Autant dire que les perspectives de développement de ce marché sont colossales.

Biocarburant ou agrocarburant ?

Les écologistes préfèrent le terme d'agrocarburant pour désigner les carburants d'origine végétale. Car le préfixe "bio" peut induire une confusion avec l'agriculture biologique.

Pourquoi développer les biocarburants ?

Pour les pays européens, la production de biocarburants ouvre la voie à une moindre dépendance énergétique et permet de diminuer les émissions de CO2 dans l'atmosphère. Car les transports représentent globalement 26 % des émissions de gaz à effet de serre et ils dépendent actuellement à 98 % des combustibles fossiles. Les carburants végétaux sont censés favoriser la diminution des émissions de gaz à effet de serre car la plante absorbe du gaz carbonique (CO2) lorsqu'elle pousse. Une façon de compenser l'émission du CO2 lors de la combustion des biocarburants qui est toutefois moins importante que dans le cas de l'essence ou du diésel. Le “pétrole vert? est aussi un débouché prometteur pour les agriculteurs.

L'Europe est-elle favorable aux biocarburants ?

Bruxelles a procédé à une consultation sur la "viabilité environnementale" des biocarburants. Selon l'Agence européenne de l'environnement, le développement des biocarburants doit s'accompagner de plusieurs principes clés : maintien de 3 % des terres en jachère (favorable à la biodiversité) et conversion de 30 % des surfaces à une agriculture respectueuse de l'environnement d'ici à 2030. Il faut également adapter les variétés afin de diminuer l'érosion des sols et l'apport de produits chimiques. Car la culture de ces plantes nécessite l'utilisation d'engrais et de pesticides polluants. La France développe-t-elle les biocarburants ? La France se montre volontariste sur le sujet. Elle s'est fixée des objectifs d'incorporation de carburants végétaux, dans le gazole (diesel) ou l'essence, de 10 % d'ici à 2015. C'est bien davantage que l'objectif affiché par les 27 de l'Union Européenne qui vise 5,75% en 2010. Par ailleurs, le gouvernement français a mis en place dès 2005 un plan de développement des biocarburants. 750 000 hectares étaient en France consacrés à la culture de plantes destinées à être transformées en biocarburants, sur les 13 millions d'hectares cultivés en 2006. Un chiffre qui devrait passer à 2 millions dans les trois ans à venir.


© European Community, 2007

Les raisons de l'enthousiasme des agriculteurs français

ce nouveau débouché va permettre de soutenir les prix mondiaux des matières premières agricoles. Les agriculteurs vont aussi pouvoir garder entièrement la main sur ce secteur, de la production à la transformation en produit fini et conforter leur valeur ajoutée. Car chose étonnante, les propriétaires des usines sont tous aujourd'hui des acteurs agricoles telles que les coopératives.

Les agriculteurs français misent surtout sur le biodiésel (à base de colza et de tournesol) : 3,6 millions de tonnes devraient être produites d'ici 2010 en France. L'envol du bioéthanol (à base de blé, de maïs ou de betterave) est plus lent : plus de 1 million de tonnes seront produites d'ici 2010. Là encore, les agriculteurs dominent le secteur.


© Lionel Vogel - FOTOLIA

Mais la compétitivité des agriculteurs français et européens, notamment sur le secteur mondial de l'éthanol n'est pas du tout pas évidente. Le coût de production de l'éthanol est par exemple quatre fois plus élevé dans les pays européens (produit à base de blé et de betterave) qu'au Brésil (premier producteur mondial et qui le fabrique à base de canne à sucre). L'éthanol américain (produit à base de maïs) est deux fois plus élevé que le brésilien mais beaucoup moins cher que l'européen...

Les biocarburants ont-ils un impact négatif sur la biodiversité ?

Les écologistes dénoncent l'envol des cours du maïs ou du soja, dopés par la demande, et l'augmentation du prix des surfaces cultivables disponibles. En Asie du Sud-Est, des forêts tropicales humides sont détruites pour laisser à la place à des plantations de palmiers à huile. Au Brésil, les plantations de soja gagnent du terrain sur la forêt amazonienne, "poumon" de la planète. Aux Etats-Unis, les cultures de maïs destinées à la fabrication d'éthanol nécessitent l'exploitation de nappes d'eau fossiles.

George Bush soutient fortement le développement des biocarburants

Dans un discours datant de janvier 2007, le président américain souhaite qu'ils représentent 15% des carburants utilisés aux Etats-Unis. Dans les 18 mois à venir, sa capacité de production devrait doubler afin de remplacer 7% de l'essence consommée dans le pays.

Pourquoi George Soros a investi 900 millions de dollars dans l'éthanol au Brésil ?

Pour trois raisons principales : les qualités énergétiques exceptionnelles de la canne à sucre sont supérieures à celles du maïs américain, son prix de revient est le plus bas du monde et c'est le moyen de lutter contre le réchauffement climatique tout en n'étant pas dépendant de pays politiquement instables. George Soros milite pour un développement mondial de l'éthanol et dénonce le protectionnisme des Etats-Unis, actuel premier producteur mondial.

La production d'éthanol devrait augmenter de 71% en cinq ans au Brésil. 17 milliards y sont actuellement investis pour développer cette filière qui existe depuis déjà 30 ans.

Qu'est-ce qu'un biocarburant de deuxième génération ?

Les chercheurs américains, mais aussi suédois et suisses planchent sur le sujet. Les biocarburants de deuxième génération sont des carburants plus performants et plus respectueux de l'environnement qui ne nécessiteraient aucun polluant ou pesticide.

Il s'agit précisément d'éthanol cellulosique, réalisé à base de déchets végétaux (tiges de maïs, paille de blé, déchets de coupes forestières...). Son intérêt est majeur : outre la qualité d'un biocarburant classique, il a peu d'impact sur les productions alimentaires et forestières. Mais les chercheurs font face à la difficulté de transformer des déchets agricoles et forestiers en éthanol. Le processus s'avère beaucoup plus complexe que celui de transformer de la canne à sucre ou du maïs en carburant. Dans le cas de l'éthanol cellulosique, il faut d'abord broyer les déchets végétaux afin que leurs fibres puissent être transformées en sucres simples. Ces derniers sont ensuite soumis à la fermentation qui convertit les sucres en éthanol sous l'action de microbes.

La Suède a élaboré en 2005 une bioraffinerie expérimentale qui transforme les copeaux de bois et de sciure en éthanol cellulosique. D'autres pays à forte couverture boisée, telle la Suisse, mènent également des recherches similaires.