Un concert planétaire organisé par Al Gore

Nul doute que l'ancien vice-président américain Al Gore, auteur du film « Une vérité qui dérange » (qui a été couronné par un oscar en février) et organisateur du « Live Earth » attend beaucoup des 9 concerts simultanés qui se dérouleront sur tous les continents de la planète et qui s'enchaineront pendant 24 heures. L'objectif est de récolter des fonds au profit de l'association “l'alliance pour la protection du climat? d'Al Gore mais aussi de lancer un SOS mondial.

"Live Earth va demander aux gens dans le monde de s'engager à changer leurs habitudes et d'inciter d'autres à en faire autant - des personnes, des communautés, des sociétés, des gouvernements - afin de réduire les émissions de carbone de 90% d'ici à 2050", a-t-il précisé lors d'une conférence de presse donnée à New York le 28 juin dernier. “Live Earth va "s'assurer qu'il y aura un nouveau traité mondial sur la lutte contre le changement climatique d'ici à 2009", a ajouté l'ancien candidat malheureux démocrate à la présidence des Etats-Unis contre George W. Bush en 2000.

Le concert “Live Earth? doit commencer par l'Aussie Stadium de Sydney le 07.07.2007 à 02h00 GMT pour se poursuivre par Tokyo. S'enchaineront ensuite dans l'ordre Shanghai, Hambourg, Londres, Johannesburg, New York et enfin Rio de Janeiro. Deux rendez-vous symboliques sont aussi prévus à Kyoto et sur une base de l'Antarctique.

Deux milliards de spectateurs sont attendus : le concert sera visible en direct dans le monde sur les chaînes de télévision nationales et sur l'internet (http://liveearth.msn.com).

Les « people » en première ligne

La lutte contre le réchauffement climatique est désormais portée par les « people » du monde entier, véritable redresseurs de torts de la modernité. “Live earth? illustre parfaitement cette mobilisation internationale.

Samedi, Madonna, Red Hot Chili Peppers, Duran Duran, Foo Fighters, Black Eyed Peas, John Legend joueront à guichets fermés au nouveau stade londonien de Wembley. Jusqu'à 700.000 personnes pourraient venir à Rio au concert de Lenny Kravitz, Pharrell Williams, Macy Gray.

Police, Smashing Pumpkins, Kanye West, Alicia Keys, Jon Bon Jovi, Roger Waters, Al Gore seront au stade de l'équipe de football des Giants, près de New York. Angelique Kidjo, Joss Stone, UB40 sont attendus en Afrique du sud, Shakira, Snoop Dogg et Yusuf Islam (ex-Cat Stevens) à Hambourg, Linkin Park à Tokyo.

Madonna, la reine de la pop a même enregistré le single Hey You pour l'occasion. Il porte sur les thèmes de la tolérance et de l’amour.

D'autres « people » du monde politique s'investissent également dans la protection de l'environnement et dans la lutte contre le réchauffement climatique en particulier : Bill Clinton, le prince Charles, le médiatique PDG de Virgin Richard Branson, Tony Blair et plus récemment Jacques Chirac qui avait plaidé à la fin de son mandat pour la création d'une ONU de l'environnement.

Al Gore, le « chouchou » du grand public

Selon une étude Nielsen menée auprès de 26 486 internautes dans 47 pays, la personnalité la mieux placée pour lutter contre le réchauffement climatique est sans conteste l'ancien vice-président des Etats-Unis Al Gore (18% des votes), suivi de l'ancien secrétaire général des Nations Unies (16%).

Les participants à ce sondage se sont toutefois montrés chauvins, privilégiant leurs ressortissants : Arnold Schwarzenegger est plébiscité à 28% par les Autrichiens, tout comme les Britanniques qui classent en tête le président milliardaire du groupe Virgin Richard Branson (23%). Les femmes ont remporté davantage de succès auprès des moins de 25 ans : Oprah Winfrey (16%) et l'ambassadrice de l'Unicef Angélina Jolie (14%) arrivent en tête.

Mais au delà des clivages liés à la nationalité ou à l'âge des interrogés, Al Gore s'impose comme le champion toutes catégories en Europe et en Amérique du Nord en recueillant 21% des votes.

Le réchauffement climatique : des chiffres glaçants


© david.a-Fotolia

Pour le Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (Giec) mandaté par l'Onu, le changement climatique est "sans équivoque". Et les émissions de gaz à effet de serre (GES) émises par les activités humaines sont les premières responsables de la hausse accélérée des températures depuis cent ans (+0,74°C).

D'ici 2100, la température mondiale pourrait augmenter de +1,1 à 6,4°C par rapport à 1980-1999, avec une valeur moyenne plus sûrement comprise entre +1,8 et +4°C. Les émissions mondiales de CO2 (dioxyde de carbone, le principal des GES) liées principalement à l'usage des énergies fossiles comme le pétrole ou le charbon auraient augmenté depuis 2000 (+3,1% par an) trois fois plus vite que dans les années quatre vingt dix (1,1% par an). Elles sont passées de 6,4 gigatonnes (milliards de tonnes) par an en moyenne durant la décennie 1990 à 7,2 Gt par an entre 2000 et 2005.

Que fait la communauté internationale ?

L'UE affirme haut et fort qu'au delà de deux degrés supplémentaires en 2100 (par rapport au début de l'ère industrielle), la planète deviendra ingérable. La chancelière allemande s'est battue lors du dernier G8 pour imposer des objectifs chiffrés en matière de réduction d'émissions de CO2 mais elle a du abdiquer face à la mauvaise volonté américaine, refusant toute contrainte quantifiée précisément. Pourtant, les membres du G8 représentent de façon collective 13% de la population mondiale mais ces Etats sont responsables de 45% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

S'appuyant sur les conclusions du Giec, l'Union Européenne propose une réduction de moitié des émissions mondiales de GES d'ici 2050 par rapport à 1990, ce qui imposerait aux pays industrialisés d'amputer les leurs de près de 80%.

Le PROTOCOLE de Kyoto à la Convention de l'ONU, conclu en décembre 1997 et entré en vigueur en février 2005, impose des objectifs différenciés de réduction des émissions de GES (portant sur six substances principales dont le CO2 et le méthane) aux seuls pays industriels (35 et l'UE, dits de l'Annexe I) qui l'ont ratifié: ils doivent ramener en moyenne leurs émissions de la période 2008-2012 5% en-dessous du niveau de l'année de référence 1990.

Mais les Etats-Unis - premier pollueur - et l'Australie, n'ont pas ratifié le protocole de Kyoto. Autre problème critique : les pays émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil sont exonérés de respecter le protocole qui expire en 2012, comme l'ensemble des pays en développement. Mais l'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime qu'en 2009, les émissions de la Chine dépasseront celles des Etats-Unis. Mais ils estiment que les nations industrialisées sont les “responsables historiques? du réchauffement planétaire actuel.

Placées sous l'égide de l'ONU, les négociations sur l'avenir de Kyoto devraient se tenir sous haute tension internationale en décembre prochain, à Bali.

Qui seraient les gagnants du réchauffement climatique ?


© Nathalie Pecqueur - FOTOLIA

Les projections des scientifiques l'affirment : les Etats-Unis, la Russie et les pays d'Europe du nord seront les grands gagnants du réchauffement climatique. La fonte des glaces dans le grand nord leur permettra de développer l'agriculture, le transport maritime, l'exploitation minière et leur facilitera l'accès aux hydrocarbures (l'Arctique recèle un quart des réserves mondiale de pétrole et de gaz naturels) . Sans compter l'accès aux filons d'or, de rubis et de diamant du Groenloand...

"Les pays riches du Nord seront les gagnants, les pays pauvres du Sud seront les perdants", a déclaré Jann-Gunnar Winther, directeur de l'Institut polaire norvégien, lors d'une conférence sur le climat dans la ville norvégienne de Tromsoe le 8 juin.

Imaginez plutôt. Le retrait des glaces facilitera l'accès aux ressources d'hydrocarbures de l'Arctique, qui recèle un quart des réserves restantes de pétrole et de gaz naturel, selon l'US Geological Survey. Le géant gazier russe Gazprom n'a pas attendu que le climat se réchauffe davantage : il est déjà à l'oeuvre en Sibérie et en mer de Barents, qui abrite le champ Chtokman, l'un des plus important gisement gazier offshore connu.

Même les dirigeants de territoires considérés comme victimes directes du réchauffement climatiques semblent se frotter les mains, tel le Groenland, un territoire autonome rattaché au Danemark. Outre le pétrole et le gaz naturel, il abriterait des filons d'or, de rubis et de diamants.

Continuons de prêter l'oreille aux prédictions des scientifiques... La Grande-Bretagne pourra produire un vin blanc de meilleure qualité parce que son raisin s'améliorera alors que les vins de Bordeaux verront leur qualité pâtir de la chaleur excessive. La pêche devrait aussi connaître un "boom", le hareng et le thon se déplaçant vers le nord. L'industrie forestière bénéficiera également d'une météo plus chaude facilitant la croissance des arbres sous des latitudes jusqu'alors improbables.

Idem pour le tourisme. Les estivants pourraient fuir la canicule méditerranéenne au profit de l'Europe du Nord. En hiver, la région pourrait de surcroît accueillir les amateurs de glisse boudant les Alpes et les Pyrénées moins enneigées.

Recul de la banquise aidant, le transport maritime via l'Arctique sera possible de 120 à 140 jours par an à la fin du siècle, contre 30 actuellement. "Un bateau reliant Rotterdam au Japon prendra 10 jours de moins via l'océan Arctique que via le canal de Suez.

Mais le réchauffement climatique pourrait prendre une tournure tragique pour de nombreux Etats. Selon des chercheurs canadiens, la fonte de la calotte glaciaire du Groenland, seconde réserve d'eau douce de la planète après l'Antarctique provoquerait une élévation de sept mètres des océans. Des zones côtières, des îles (2000 en Indonésie), ainsi que des mégapoles (Bombay, Lagos, Le Caire, New York et Shanghai) pourraient être engloutis à jamais.

Un scénario catastrophe que pourraient malheureusement vivre les générations futures...

Pascale Bonnamour

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