Je passais souvent devant des jardins ouvriers. Je regardais de loin, la croissance des légumes et fruits. Comme à la campagne, ces petits signes des saisons rythmaient mes footings. Puis un jour, j’ai décidé de pousser la porte du jardin ouvrier au parc du Lilabyrinte de Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne. Le premier à venir vers moi a été Gérard. Il avait la tenue du parfait jardinier, même sous la pluie, il vient tous les jours faire son jardin. Il faut dire que ça demande de l’entretien d’opter pour l’option du « tout bio » dans son potager. Pas d’engrais chez Gérard. Il préfère faire des macérations de menthe, de mélisse pour faire fuir telle maladie ou tel insecte. Il connaît les composants chimiques contenues dans les plantes nécessaires à la répulsion de tout fléau et n’est pas avare de conseil, José peut l’attester : « j’ai eu mon jardin en février dernier, donc je ne savais pas vraiment comment je devais m’y prendre. Ma femme et moi, nous voulions un beau jardin avec pleins de fleurs. Quand les premières maladies ont touchées nos plantes, nous ne savions plus quoi faire. Gérard est venu spontanément nous donner des conseils. Il nous a même donné ces engrais qu’il a fait lui-même ». Parce que la vie dans les jardins ouvriers est comme cela, pleine de solidarité, de convivialité. « Nous attendions ce jardin depuis cinq ans. Nous n’y croyions plus, alors quand la Ligue nous a appelé pour nous donner la bonne nouvelle, nous avons sauté de joie », raconte José. Avant cela, le confinement de leur appartement les poussait à sortir : « on prenait la voiture et on faisait des milliers de kilomètres par an ». La voiture peut rester désormais au garage. José et sa femme ne voient pas le temps passer dans leur jardin : « on vient le soir après le travail et le weekend aussi ». Leurs amis ont bien compris. Le dimanche matin, nombreux sont leurs amis qui les appellent pour le barbecue dominical ! « Ce jardin nous a changé la vie », confesse le jeune couple. Et la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs (FNJFC) n’en est pas à son premier changement de vie.

La plupart des jardins ouvriers sont gérés par la FNJFC

Fondée en 1896 par l’Abbé Lemire, la Ligue française du coin de terre est devenue la FNJFC en 1952 et gère actuellement 25.000 parcelles de jardins dont 2700 parcelles en Ile-de-France réparties sur 58 sites. Depuis sa fondation, en pleine révolution industrielle, à travers les guerres et les périodes de grandes difficultés économiques pour les ouvriers, la mission de la Ligue a été de : « fédérer, créer, développer, réhabiliter, défendre, gérer, promouvoir, animer les jardins familiaux et collectifs » comme le stipulent encore ses statuts avec, toujours, une volonté d’œuvrer pour une amélioration du cadre de vie des catégories socio-professionnelles défavorisées. Consciente du rôle des jardins dans la vie sociale et familiale de certains quartiers de la banlieue parisienne, Michelle Roncin, responsable des jardins franciliens à la Ligue explique : « nous avons une liste d’attente de plus de 3000 personnes, donc nous sommes obligés de faire une sélection. Il y a une véritable priorité aux familles qui résident en habitat collectif, et celles dont les revenus sont modestes afin de répondre à notre objectif d’insertion sociale ». Les lettres de demandes de parcelles sont d’ailleurs très révélatrices de l’apport d’un jardin pour une famille résidant en milieu urbain. « On savait que ça allait nous changer la vie, mais on ne soupçonnait pas tout ce que ça allait nous apporter » conclut José.

Dossier réalisé par Ingrid Arnoux

Pour se documenter

Pour faire sa demande de jardin :

  • Fédération Nationale des Jardins Familiaux et Collectifs

Ligue française du coin de terre et du foyer http://www.jardins-familiaux.asso.fr/

  • Office international du Coin de terre et des jardins familiaux

http://www.jardins-familiaux.org/frameset/france/foffi.htm

  • Les jardiniers de France

http://www.jardiniersdefrance.com/fr/qui_sommes_nous/histo.asp

A lire

  • Cent ans d’histoire des jardins ouvriers, 1896-1996, La ligue française du Coin de Terre et du Foyer Cabedoce B., Pierson P., 1996, Creaphis, Paris, 29,70 euros
  • Les jardins ouvriers, Denis Clavreul, 2006, Gallimard, 69 pages, 18 euros