En mai dernier, un rapport de l'organisation humanitaire britannique Christian Aid (1), marquant les esprits, mettait en avant ce chiffre effroyable d'un milliard d'exilés forcés à se déplacer à cause du réchauffement climatique et de ses conséquences dans les décennies à venir. Dans le détail, d'ici à 2050, ces migrants pourraient être 645 millions en raison du changement de la donne énergétique, 50 millions à migrer à cause de conflits et atteintes aux droits de l'Homme, et 250 millions de personnes victimes de phénomènes liés directement au changement climatique (inondations, sécheresses, pénuries alimentaires ou restrictions dans l'accès à l'eau). Mais pas la peine d'attendre 2050. Christian Aid soulignait que d'ores et déjà 163 millions de personnes avaient quitté leurs foyers en raison des conflits, des catastrophes naturelles et des grands projets de développement (mines, barrages, etc.).

Pire, dans le film d'Al Gore An Inconvenient Truth (2) (Une vérité qui dérange, sorti en 2006), ce sont 1,3 milliard d'individus qui devraient à terme abandonner des terres dramatiquement menacées par la montée des mers et des océans, conséquence directe du réchauffement climatique et de la fonte des calottes glaciaires.

D'après une autre étude moins apocalyptique, émanant des Nations Unies (3) et sortie en octobre 2005, cinquante millions de personnes pourraient dès 2010 devenir des « réfugiés climatiques », victimes directes du réchauffement et de la dégradation environnementale et vingt millions de personnes auraient déjà été déplacées en raison des conséquences du réchauffement climatique (pollution des nappes phréatiques, érosion des terres arables, etc.).

Au-delà des batailles des chiffres des experts, ce dont on est sûr, c'est que d'immenses mouvements migratoires tels que l'humanité n'en a jamais connu sont en marche et que si rien est fait non seulement pour anticiper ces phénomènes, mais également pour enrayer le réchauffement du climat, « il y aura beaucoup d'autres Darfour », pour reprendre l'expression de Christian Aid. Car ces migrations forcées risquent fort d'accentuer les tensions et de multiplier les conflits entre les peuples, pour l'accès à l'eau, à la terre ou aux ressources énergétiques.

Une liste non exhaustive des territoires et populations menacés : En Alaska, 213 communautés sont menacées par la montée annuelle croissante de la marée due à la fonte des glaces ; sur l'île de Tuvalu en Polynésie, 11 600 personnes sont directement victimes de la montée de la mer ; en Chine, l'expansion annuelle moyenne du désert de Gobi est de 10 000 km², poussant à l'exil des millions de personne ; en Turquie, ce sont 160 000 km² de terres cultivées qui subissent l'érosion, au Bangladesh, 11% des terres risquent d'être submergés par la montée des eaux, soit des millions de sans abri, etc.

Sans parler des conflits humains : Au Proche Orient, la « bataille de l'eau » a déjà commencé, notamment sur la question du partage des eaux du Jourdan. Pour le journaliste Christian Chesnot (4) par exemple, déjà la guerre des Six jours (5 au 10 juin 1967) trouvait en partie son origine dans le projet arabe de détournement des eaux du Jourdain. L'occupation de la Cisjordanie par Israël obéit également à des impératifs de sécurité hydraulique, alors que les réserves naturelles d'or bleue vont se faire de plus en plus rares dans la région.

Des tensions géopolitiques de ce genre vont à coup sûr se multiplier avec la raréfaction accélérée des ressources aquifères et énergétiques, entraînant leurs innombrables lots de réfugiés, fuyant la montée des eaux, la désertification des sols, les conflits armés, etc.

Mais attention ! Il s'agit bien d'une menace globale. Il ne faut pas croire que les pays riches à climat tempéré seront épargnés car ils devront alors faire face à des vagues migratoires d'une ampleur jusqu'alors inégalée. Et ces pays riches, notamment les Etats-Unis et les Etats membres de l'Union européenne sont tout de même aujourd'hui encore, même si rattrapés par la Chine et l'Inde à vitesse grand V, les principaux pollueurs de la planète, responsables de l'accélération du réchauffement climatique.

Pour le professeur Atiq Rhaman, fondateur du Bangladesh Centre for Advanced Studies (BCAS), un centre de recherche pluridisciplinaire précurseur dans l'étude des impacts socio-économiques du climat, la solution est claire : « chaque pays doit prendre à sa charge, à savoir transporter et accueillir, un quota de réfugiés climatiques qui serait fonction de ses niveaux d'émission de gaz à effet de serre présents et passés. ».

Les Européens et les Américains sont donc prévenus : ils ont tout intérêt à prendre à bras le corps dès aujourd'hui cette question des réfugiés climatiques, sinon le ciel risque bel et bien de finir par leur tomber sur la tête.

Pour bien prendre conscience du phénomène, vous pouvez peut-être commencer par offrir pour Noël l'album sur les réfugiés climatiques concocté par le Collectif Argos (5) . Sensibilisation garantie !

Benjamin Joyeux


1 www.christian-aid.org.uk/aboutus/

2 www.criseclimatique.fr/

3 Lire sur www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=95713

4 Christian Chesnot, La bataille de l'eau au Proche Orient, L'Harmattan, 1993.

5 www.collectifargos.com