Copyright Benjamin Joyeux

Ce sont les États-Unis, le Canada, le Brésil et l'Argentine qui se partagent 86 % de ce marché en pleine expansion. L'Inde a augmenté quant à elle de 63 % ses hectares de coton transgénique, pour atteindre 6,2 millions d'ha, tandis que la Chine en est à 3,8 millions d'ha de cette même culture. L'Afrique du sud totalise 1,8 million d'ha OGM (en augmentation de 30%), principalement du maïs.

D'après l'ISAAA, les pays du Sud sont désormais plus nombreux que ceux du Nord à cultiver des organismes génétiquement modifiés.

Mais l'Europe connait aussi une forte augmentation de ses surfaces en cultures transgéniques, malgré la détermination des mouvements anti-OGM sur le Vieux Continent. On y dépasse pour la première fois les 100 000 hectares de cultures OGM (France, Espagne, Portugal, Allemagne, République Tchèque, Slovaquie, Roumanie et Pologne). 

Et la tendance ne devrait pas s'inverser : les plantations d'OGM ont en effet rapporté pas moins de 4,7 milliards d'euros en 2007, soit 545 millions d'euros de plus qu'en 2006. Les perspectives pour 2008 sont encore plus alléchantes : l'industrie des OGM compte bien faire entrer 5,2 milliards d'euros supplémentaires dans les caisses, et elle ne représente pour l'instant qu'un cinquième du marché mondial des semences.

Un rapport contesté :

L'ONG les Amis de la terre, dans une contre expertise également publiée le 13 février dernier,  a contesté les chiffres avancés par l'ISAAA. Elle accuse l'organisme américain, financé par la fondation Rockefeller mais également par la société Monsanto, multinationale la plus présente sur le marché des cultures transgéniques, de surestimer ses chiffres pour attirer les investisseurs. Les Amis de la Terre accusent notamment l'ISAAA d'avoir annoncé une surface cultivée de coton transgénique en Inde supérieure de 400 000 hectares au chiffre officiel du gouvernement indien. Les amis de la Terre rappellent également que « moins de 2% du maïs cultivé en Union Européenne est génétiquement modifié et cinq pays européens ont interdit le maïs OGM Monsanto à cause des preuves de plus en plus nombreuses de son impact négatif sur l'environnement », ne niant pas, par ailleurs, l'augmentation générale des surfaces agricoles consacrées aux cultures transgéniques.

De plus, contrairement à l'ISAA qui affirme que les OGM sont l'avenir des pays du Sud pour combattre la faim en améliorant les rendements agricoles, les Amis de la Terre estiment que « la grande majorité des cultures OGM commercialisées jusqu'à présent sont destinées à l'alimentation pour animaux et pour le bétail dans les pays riches et non à nourrir les pauvres. » L'ONG conteste donc l'impartialité du rapport de l'institut américain « financé par l'industrie pour faire la promotion des plantes génétiquement modifiées ».

Des experts qui se déchirent :

Les scientifiques spécialisés sont quant à eux bien loin d'être d'accord sur la question des OGM : tandis que six éminents biologistes moléculaires vantaient, dans les colonnes du Monde daté du 31 janvier dernier, « les résultats spectaculaires de la biologie moléculaire des plantes » et défendaient l'idée que ces techniques seraient indispensables pour nourrir les 9 milliards d'êtres humains de demain, d'autres experts contestaient vivement cette position.

Ainsi de Marc Dufumier, professeur à AgroParisTech, Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d'histoire naturelle et à l'Ecole polytechnique ou encore Yvon Le Maho, directeur de recherches au CNRS pour qui « il y a de sérieux doutes sur le fait que les OGM représentent la solution magique aux problèmes de sous-nutrition dans notre monde. » Pour eux, « concernant les problèmes relatifs à la faim et à la malnutrition dans le monde, ce ne sont pas les disponibilités alimentaires qui font globalement défaut. La question est directement liée à l'inégale répartition des ressources. Une part croissante des céréales et des protéagineux produits dans le monde est destinée de préférence à l'alimentation animale plutôt qu'à la nourriture des moins fortunés. ». Ces experts tirent ainsi la même conclusion que les Amis de la Terre sur le problème non pas du manque de production agricole mais de sa juste répartition.

Sans parler des risques pour la santé des produits transgéniques, inoffensifs pour certains, souvent proches de l'industrie agro-alimentaire, dangereux pour d'autres, pour qui les tests ne sont pas encore suffisants.   En tous cas, une chose est sûre : les organismes génétiquement modifiés colonisent de plus en plus de surfaces agricoles sur la planète. Dans ce contexte le débat entre pro et anti-OGM est bien loin d'être clôt et n'en n'a pas fini de déchaîner les passions.

A Pourmaplanète, dans l'incertitude actuelle et dans une optique de développement durable, nous préférons choisir l'invocation du principe de précaution en matière d'OGM. Ainsi en France la prudence, l'approfondissement des expertises scientifiques réellement indépendantes et le principe d'un moratoire peuvent apparaître raisonnables.

Benjamin Joyeux

Journaliste de www.pourmaplanete.com

Pour aller plus loin :

-http://www.isaaa.org/
-http://www.amisdelaterre.org/
-http://www.monsanto.fr/
-http://www.millebabords.org/spip.php?article7831
-http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/ecologie/actu.asp?id=465919


Manifestation à Paris le 5 février 2008 devant l'église Saint Sulpice contre le projet de loi sur les OGM.
Copyright Benjamin Joyeux.

La France s'empêtre dans les OGM

« Le Luxembourg contre Grenelle ». C'est le titre que l'on peut retenir des péripéties de ces dernières semaines en matière de cultures transgéniques, où l'Hexagone n'a vraiment pas clarifié sa position vis-à-vis des organismes génétiquement modifiés, c'est le moins que l'on puisse dire. Alors qu'en octobre 2007, lors du Grenelle de l'environnement, les travaux de l'atelier OGM étaient arrivés à la conclusion de la nécessité d'un gel des cultures commerciales de maïs génétiquement modifié, considéré alors comme une victoire des anti-OGM, la petite loi adoptée par le Sénat le 8 février 2008 a plutôt consacré la revanche du lobbying pro-OGM.

En effet le projet de loi adopté par le Sénat en première lecture autorise désormais la culture des OGM dans l'Hexagone. Il clarifie également les conditions d'indemnisation des agriculteurs si des gènes modifiés se retrouvent dans des productions «non OGM». De plus, le texte instaure la création d'un «haut conseil des biotechnologies», qui serait présidé par un scientifique, à la place d'une «haute autorité sur les OGM». Cette modification consacre la primauté des scientifiques, le plus souvent favorables aux biotechnologies, sur les représentants de la société civile. Autre mesure très controversée, un amendement du sénateur Bizet a créé un « délit de fauchage », prévoyant deux ans de prison et 75 000 euros d'amende en cas de destruction ou de dégradation d'une parcelle de culture de plantes transgéniques.

Une majorité très nettement divisée

Le plus frappant dans toute cette histoire est sans doute  les énorme divergences apparues durant les débats au sein même de la majorité UMP, entre le gouvernement d'une part, avec des personnalités telles que Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de l'écologie, plutôt dubitative sur les bienfaits des OGM, et les sénateurs UMP membres de la commission économique du Sénat d'autre part, favorables aux OGM et aux revendications des semenciers, à quelques semaines des municipales. Tout d'abord, c'est Jean-François Legrand, sénateur UMP et Président du comité de préfiguration de la haute autorité pour les OGM, qui a quitté l'hémicycle dès le premier jour du débat, s'étant vu désavoué par ses collègues de la majorité.

Ensuite une dizaine d'amendements de la commission sénatoriale ont été adoptés en dépit de l'avis défavorable du gouvernement. Des sénateurs UMP se sont donc opposés au gouvernement Fillon, PS et Verts soutenant des propositions de ce dernier en accord avec le Grenelle du Président Sarkozy. C'est à n'y plus rien comprendre ! Le texte sera en tous cas débattu à l'Assemblée nationale le 2 avril, après les municipales, et la foire d'empoigne risque de reprendre de plus belle au sein même de la majorité.

Un embrouillamini juridique

Nicolas Sarkozy quant à lui, confronté à une grève de la faim de José Bové et de plusieurs militants anti-OGM début janvier, ne voulant pas perdre la main sur le sujet, a préféré recourir à la clause de sauvegarde auprès de Bruxelles afin de geler la culture du MON 810, seul OGM autorisé jusqu'alors à la vente en France. L'interdiction de ce maïs transgénique a été entérinée par le Journal Officiel le 9 février. Or cet arrêté n'est conforme ni au projet de loi approuvé par le Sénat ni au droit européen. C'est donc le flou total, à charge pour l'Assemblée nationale de démêler en avril ces quelques contradictions.


Copyright Benjamin Joyeux

OGM : « Des Organismes Génants pour les Municipales » !

En attendant, entre pro et anti, pour reprendre le bon mot de Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) et plutôt favorable aux cultures transgéniques, les OGM sont des « organismes gênants pour les municipales», à trois semaines d'élections qui s'annoncent particulièrement difficiles pour la majorité.

Rappelons tout de même que dans les derniers sondages consacrés à ce sujet, 72% des personnes interrogées se déclaraient attachées au droit de pouvoir consommer sans OGM et 77% étaient favorables à l'interdiction du MON 810. Les parlementaires feraient donc peut-être bien d'écouter l'opinion publique. Pour une fois ?

  Benjamin Joyeux

Journaliste de www.pourmaplanete.com

  Pour aller plus loin :

-http://www.senat.fr/dossierleg/pjl07-149.html
-http://www.senat.fr/rap/l07-181/l07-181.html
-http://91.121.22.84/~planetel/devdurable/spip.php?article2017&var_mode=calcul
-http://www.ogm.gouv.fr/
-http://www.infogm.org/