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Coca-Cola, Pepsi ... même combat ?

Nous connaissons tous la couleur et la saveur de ce breuvage noir dans une bouteille rouge ! Mais cette boisson n'a pas le même goût amer dans certains pays du Sud que dans nos pays du Nord ! Après des années de combat, de manifestations et de lobbying, l'Institut de ressources et d'énergies (Energy and Resources Institute -TERI), a demandé à Coca-Cola de trouver des sources alternatives d'eau pour son approvisionnement et de délocaliser son usine située dans le village Kala Dera, dans l'état du Rajasthan, au Nord Ouest du Sous Continent indien, faute de quoi sa fermeture sera inévitable. C'est une première victoire pour ces militants qui cherchent à préserver la population locale des dommages collatéraux de la production de Coca Cola, comme le gaspillage des ressources en eau.

Cela faisait des mois que le Centre de ressource India attendait une telle décision. Ce dernier a pris ce combat à bras le corps et a été rejoint par des centaines de villageois indiens, souffrant de la pénurie d'eau potable, de la pollution et du manque de terres cultivables, celles-ci se trouvant de plus illégalement occupées par les usines de la marque américaine.

Plus d'une vingtaine d'universités américaines, canadiennes et britanniques ont décidé de s'associer à cette lutte en boycottant tout simplement la marque Coca Cola, la bannissant de leur campus et cherchant ainsi à lui causer un préjudice financier conséquent.

Les enquêtes sur les effets néfastes de la production de Coca Cola en Inde sont nombreuses :

En 2003, un rapport du Central pollution control board (CPCB) et en 2006 une étude du Center for Science and Environment (CSE) de New Delhi ont tous deux répertorié un niveau de résidus de pesticides « 24 fois plus élevé que le niveau jugé acceptable » par les normes européennes et américaines ! Un Coca Cola produit en Inde semble donc contenir bien plus de pesticides que ceux dont nous nous abreuvons en Europe !

Par ailleurs, la production de la boisson gazeuse a des répercussions désastreuses sur l'eau potable en Inde. Pour n'en citer qu'une, l'usine de Bhagao est qualifiée de « destructrice de notre terre et de notre eau » par Baliram Ram, principal organisateur des manifestations en 2007. « Notre population est inquiète concernant la pénurie d'eau due à l'utilisation d'eau par les usines de mise en bouteille de Coca Cola. Cette région connaît déjà une sécheresse, et ce phénomène a été largement exacerbé depuis l'implantation des usines Coca-Cola », précise le Centre de ressources India.


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Sans compter qu'en plus de cette utilisation d'eau potable, les usines rejettent illégalement leurs déchets autour de leurs sites industriels, dans les nappes phréatiques et sur des terres cultivables jusqu'alors. Le rapport TERI va donc avoir des répercussions importantes sur Coca Cola qui démentait en bloc toutes ces accusations.

Le rapport, de plus de 500 pages, prouve que la production a un impact largement négatif sur la situation des sources d'eau potable aux abords des usines.

« Le rapport confirme ce que nous disons depuis des années. La situation des nappes phréatiques se détériore dans la province de Mehdiganj, et nous n'allons pas attendre d'en arriver à une situation aussi catastrophique qu'à Kala Dera. L'enteprise doit arrêter immédiatement sa production », explique Nandlal Master, de l'association Lok Samiti, qui dirige la campagne pour la fermeture de Coca-Cola à Mehdiganj.

Autre attaque portée contre la marque, celle des habitants du village de Sinhachawar, situé dans l'état de l'Uttar Pradesh, au Nord du pays : ceux-ci contestent la construction d'un mur d'enceinte d'une usine Coca-Cola qui sépare le centre de leur village de certaines de leurs terres cultivables. Ce mur bloque l'accès à un chemin public, augmentant illégalement la surface de l'usine.

Bien entendu, Coca-Cola nie également toutes ces accusations, et cerise sur le Coca, chaque manifestation autour d'une usine est réprimée par la force.

« Coca-Cola vole notre eau, nos terres, et ils s'en sortent légalement. Et ils qualifient d'illégale notre lutte pour notre survie, pour notre existence », explique Nandlal Master, l'un des organisateurs de la marche, membre de l'association Lok Samiti et de la National Alliance of People's Movements. « Nous n'acceptons pas cela, et notre lutte l'emportera » poursuit Nandlal Master.


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Cette première victoire va forcément redonner de l'ampleur au mouvement de contestation et encourager la lutte contre le géant rouge ! Quant à la société Coca-Cola, qui possède une centaine d'usine sur le Sous Continent indien, si elle ne veut pas se faire expulser du pays comme ce fut le cas entre 1977 et 1993, elle aurait tout intérêt à prendre en compte au plus vite ces nombreuses revendications.

Ingrid Arnoux et Benjamin Joyeux

Journalistes de www.pourmaplanete.com




Pour aller plus loin :




http://www.indiaresource.org/index.html

http://www.cseindia.org/