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Bia Saldanha dans les locaux de Veja à Paris, la veille de l'ouverture de l'Ethical Fashion Show

Depuis quand travaillez-vous avec la marque française Veja ?

Depuis 2007. Les dirigeants de Veja qui produisaient au Brésil des baskets écolos depuis deux ans souhaitaient supprimer l'étape de la transformation du caoutchouc sauvage d'Amazonie en usine, afin de mieux rémunérer les « Seringueiros » (producteurs de latex). Car il y avait un vrai problème de transparence qui empêchait de savoir précisément combien d'argent les producteurs de caoutchouc sauvage touchaient réellement.

Ensemble, nous avons mis au point le procédé pionnier FDL (Feuilles de Déformation Liquide) qui permet de supprimer l'étape intermédiaire en usine. J'avais remarqué que les caoutchoutiers utilisaient des sacs qu'ils imperméabilisaient avec le latex mais c'était une matière très fragile. Nous avons donc rajouté des sulfures pour fixer les polymères. Ce procédé FDL est donc directement inspiré de l'artisanat traditionnel et il permet de mieux rémunérer les producteurs locaux.

En quoi ces baskets sont-elles écolos et en quoi leur mode de production est-il particulièrement équitable et respectueux de l'environnement ?

Justement parce que leur semelle intérieure et extérieure est en caoutchouc sauvage d'Amazonie. Elles sont en coton biologique qui provient du Nord-Est du Brésil et en cuir écologique à base d'extrait d'acacia.

Les caoutchoutiers ne tuent pas les arbres lorsqu'ils récoltent le latex et ils gagnent suffisamment leur vie pour ne pas être tentés de céder aux sirènes de la déforestation. La production de caoutchouc synthétique, fabriqué à partir de produits pétroliers a eu pour conséquence de faire baisser les cours du caoutchouc naturel. Et malheureusement, de nombreux habitants de l'Amazonie se sont tournés vers des activités plus rentables telles que la vente de bois ou l'élevage de bovins, n'hésitant pas à déforester massivement.

Toutes les semelles en caoutchouc des baskets Veja sont donc produites dans la forêt, sans que les Seringueiros n'aient besoin d'électricité ou de machines particulières et selon les règles du commerce équitable.

Par ailleurs, la ligne Veja bébés est produite par de jeunes brésiliens qui s'engagent par l'intermédiaire de l'association Vilaget à aller à l'école en échange d'une formation en assemblage de chaussures.


Strie d'un hévéa d'Amazonie


Récolte du latex dans la jungle amazonienne

Combien justement perçoivent vos producteurs locaux d'Amazonie ?

Ils touchent quatre fois plus en travaillant avec nous que s'ils vendaient leur récolte au marché local. S'ils gagnent correctement leur vie, lls peuvent pérenniser leur profession qui contribue activement à la sauvegarde du « poumon vert » de la planète.

Vous dirigez la marque de mode Treetap au Brésil que vous avez créée en 1991. Quel a été pour vous le déclic pour défendre le « poumon vert » de la planète ?

Je travaille dans la mode depuis longtemps. En 1991, j'ai mis au point un tissu en caoutchouc pour mes collections de mode et breveté un cuir végétal au latex naturel qui a intéressé Hermès dès 1998, pour la production de sacs à mains.
Le véritable déclic concernant la défense de la forêt amazonnienne, ce fut l'assassinat de Chico Mendès en 1988, par un éleveur de bovins. Le leader des Seringueiros avait créé des réserves protégées, dédiées à l'extraction de produits durables afin de lutter contre la déforestation de l'Amazonie. Pour moi, réaliser des articles de mode en caoutchouc sauvage d'Amazonie est une règle de conduite. Je n'ai donc pas cédé à un quelconque « effet de mode » ! C'est un engagement qui remonte à une vingtaine d'années déjà.

Quelles sont vos actions concrètes en faveur de la défense de l'Amazonie ?

Pour Veja, nous produisons 60 000 paires de chaussures par an. Cela fournit du travail à 50 familles de Seringueiros qui se trouvent dans la réserve protégée de l'Etat de l'Acre (Sud-Ouest de l'Amazonie), en plein coeur de la jungle. Chaque famille produit 10 tonnes de caoutchouc par an et entretient près de 300 hectares de forêt. Ce n'est qu'un début car la production est actuellement insuffisante face au succès des baskets Veja et à la demande des consommateurs !

Pour aller plus loin :

Deux journées pour le grand public, les samedi 11 et 12 octobre de 10h à 19h. Au menu : défilés, conférences et projections de films.

Conférence de Bia Saldanha le dimanche 12 octobre de 10h30 à 12h « histoires de mode éthiques dans le monde », salle Soufflot du salon.

  • En savoir plus sur les baskets Veja :

www.veja.fr


Basket Veja Grama Grey Purple.
Copyright Veja

  La collection Veja Grama est en coton biologique et caoutchouc sauvage d'Amazonie. Sous chaque Veja Grama est gravée la quantité de caoutchouc sauvage d'Amazonie contenue dans la semelle. Cette quantité, donnée en grammes, "grama" en brésilien, varie selon la pointure.

Pascale Bonnamour

Journaliste de www.pourmaplanete.com