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Alors qu'on évoque les contours du futur "Grand Paris", quel élément a, selon vous, le plus contribué à modifier des villes durables telles que Copenhague, Manchester ou Stuttgart ?

Plus que le logement ou les transports en particulier, c'est la volonté de préserver la mixité sociale et fonctionnelle d'un tissu urbain en renouvellement permanent. Il faut densifier la ville, tout en réincorporant des fragments de nature. Une ville durable doit offrir à ses habitants de véritables respirations pour qu'ils ne soient pas tentés de fuir à la campagne. L'hémorragie urbaine prive la cité des ressources économiques nécessaires à la création de nouveaux espaces publics de qualité, sans pour autant permettre aux villages péri-urbains de fournir aux citadins les services escomptés.


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Cité-jardin écologique de Bedzed ou nouveau quartier de Potsdamerplatz à Berlin : ces nouveaux aménagements ont-ils des points communs ?

Ce sont justement de formidables tentatives de réincorporer la nature dans la ville, en multipliant les arbres et les fleurs et en réintégrant l'eau au coeur de la cité. Les ingénieurs du XVIIIème siècle avaient enterré cet élément, le considérant à tort comme une cause d'insalubrité. Les urbanistes ont compris qu'il faut composer avec la nature, comme l'ont toujours fait les sociétés traditionnelles. Les architectes perdent souvent de vue ce principe. A cet égard, Bedzed est une réussite sur le plan de l'architecture durable mais ce n'est pas du tout un modèle d'urbanisme durable. Car ce quartier résidentiel n'est pas du tout intégré à la ville.

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L'urbanisme durable permet-il selon vous de créer une vie de voisinage plus chaleureuse ?

C'est indiscutable. Prenons l'exemple du coeur d'ilôt de quartier, très répandu dans le nord de l'Europe. Du côté jardin, il existe des espaces libres d'un hectare ou plus investis spontanément par les habitants de tous âges et de toute catégorie sociale. En Suède, un budget géré par les associations de riverains est alloué à l'entretien du coeur d'ilôt et en particulier d' une « maison de voisinage » très conviviale (cafétéria pouvant servir de salle de réunion, lingerie, terrasses au pied des immeubles riverains et espaces de jeux pour les enfants). En Europe du Sud, les cours intérieures sont malheureusement souvent réduites à des puits de lumière. Les espaces publics anonymes et envahis par les automobiles se développent, au détriment d'espaces de proximité favorables aux rencontres entre voisins.

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Comment expliquez-vous que les pays du Nord soient les fers de lance du développement durable ?

La notion de corresponsabilité avec son environnement proche est très présente chez les Européens du nord, par tradition culturelle. A Stockholm, les cadres possèdent tous un bateau. Ils ont très vite tiré la sonnette d'alarme sur la pollution des plans d'eau de l'archipel. C'est en Suède que les questions environnementales ont été inscrites dans les textes législatifs pour la première fois.

Propos recueillis par Pascale Bonnamour

Rédactrice en chef de Pourmaplanete.com